ENTRAIGUES en MATHEYSINE
- Responsable Communication DG38
- 4 mars
- 5 min de lecture
11-Novembre
Dans ce village isérois, les enfants organisent la commémoration : « Ces soldats se sont battus pour notre liberté »
À Entraigues, en Matheysine, la commémoration de ce mardi 11 novembre sera un peu particulière. Elle sera entièrement menée par les écoliers du village, associés à son organisation. Une première en Isère et une manière très concrète d’entretenir et transmettre la mémoire.
Théo Blain - 11 nov. 2025 à 06:04 | mis à jour le 11 nov. 2025 à 09:46 - Temps de lecture : 5 min

Les élèves de l’école Edmond-Gallet d’Entraigues, pendant la répétition de la cérémonie, le 4 novembre. Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier

Les porte-drapeaux prennent place autour du monument aux morts lors de la répétition menée avec le Souvenir français. Photo Le DL/Jean-Baptiste Bornier

Pour le centenaire du Bleuet de France, les élèves de l’école Edmond-Gallet d’Entraigues attacheront des bleuets autour du monument aux morts lors de la cérémonie. Photo Le DL/Jean-Baptiste Bornier
Autour du monument aux morts d’Entraigues, les porte-drapeaux prennent place, et le torrent de la Bonne, en fond sonore, est bientôt couvert par le discours introductif : « Bonjour et bienvenue à cette cérémonie du mardi 11 novembre 2025… »
Rassurez-vous, nous n’avons pas voyagé dans le temps, la scène se déroule en réalité le mardi 4 novembre et tient lieu de répétition générale. Car celles et ceux qui vont officier pour rendre hommage aux soldats tombés pour la patrie sont (quasi) novices en la matière. Et pour cause : il s’agit des élèves de l’école Edmond-Gallet, qui accueille des enfants d’Entraigues et des alentours.
C’est Éric Bois, président du comité de Valbonnais/La Mure du Souvenir français, qui a eu l’idée de confier les préparatifs et la conduite de la commémoration aux élèves. « On a commencé à mener des actions avec l’école au moment du centenaire de la Grande Guerre, en 2014, situe-t-il. Depuis, c’est très simple : tout ce que je propose pour faire vivre la mémoire , l’équipe éducative l’accepte. » Y compris, donc, cette suggestion inédite. « À ma connaissance, il s’agira de la première commémoration du 11-Novembre organisée entièrement par des enfants en Isère », s’enthousiasme Éric Bois, qui, en tant que patron du Souvenir français dans le département, sait de quoi il parle.
33 élèves, 32 volontaires
Concrètement, les élèves vont défiler dans le village, deux d’entre eux seront porte-drapeaux et deux autres joueront les maîtresses de cérémonie. Pour le centième anniversaire du Bleuet de France , tous attacheront des fanions autour du monument et reprendront la chanson de Jean-Jacques Goldman créée pour ce centenaire, ainsi que La Marseillaise. Dépôt de gerbe, appel aux morts et lâcher de ballons compléteront le programme.
Avant, quand on me disait qu’on allait parler de la guerre en classe, ça ne m’intéressait pas trop. Maintenant, ça me parle davantage
Amanda, élève de CM2 et maîtresse de cérémonie.
« On travaille sur la commémoration depuis un gros mois, en l’intégrant aux cours d’histoire et d’éducation morale et civique, renseigne Fabienne Bauchon, directrice et professeure des CE2-CM1. Ce qui a facilité la chose, c’est que nous n’avons ici que des élèves âgés, les plus jeunes, jusqu’au CE1, étant scolarisés à Valbonnais », dans le cadre d’une répartition classique des effectifs en zone rurale. La démarche s’est avérée populaire : « La participation des élèves repose sur le volontariat, puisque la cérémonie a lieu un jour férié, renseigne Fabrice Moracchioli, le second instituteur, en charge des CM2. Nous avons 33 écoliers, 32 seront présents, et l’absente a une bonne raison : elle sera engagée sur une autre commémoration en même temps. »

Pendant la répétition, mardi 4 novembre. Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier

Pendant la répétition, mardi 4 novembre. Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier

Des fanions accrochés pour marquer le centenaire de la création du Bleuet de France, symbole de la mémoire et la solidarité envers les victimes de la guerre. Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier

Une gerbe sera déposée au nom de l’école. Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier

Fabienne Bauchon, directrice de l’école Edmond-Gallet, et Éric Bois, président du comité Valbonnais - La Mure du Souvenir français, à l’origine de l’initiative. Photo Le DL /Jean-Baptiste Bornier
« J’ai beaucoup appris sur la guerre de 14-18 »
Dans la cour de récréation, cris et jeux de balle ont succédé au sérieux de la répétition. L’exercice a été unanimement apprécié. « C’est bien de rendre hommage à ces soldats, ils se sont battus pour nous, pour notre liberté », commente Mia. Porte-drapeau, Moncef reconnaît, pour sa part, « avoir beaucoup appris sur la guerre de 14-18 : j’aime m’y intéresser, participer à des commémorations. J’ai même déjà porté le drapeau ! » Sa camarade Amanda, maîtresse de cérémonie, résume l’esprit général : « Avant, quand on me disait qu’on allait parler de la guerre en classe, ça ne m’intéressait pas trop. Maintenant, ça me parle davantage. »
Ainsi rendu concret, le devoir de mémoire attire donc la jeune génération. De quoi ravir Éric Bois, alors que les survivants du dernier conflit mondial s’éteignent. « Cette cérémonie, c’est un vrai moment de bonheur, commente-t-il. Elle salue l’implication des élèves, du corps enseignant et du Souvenir français pour l’entretien et la transmission de la mémoire. »
De quoi lui donner d’autres idées ? « Je vais proposer que ce modèle se duplique ailleurs », conclut-il en souriant.
La commémoration de ce mardi
Une fois n’est pas coutume, la cérémonie d’Entraigues n’aura pas lieu en matinée, mais débutera à 13 h 45, à la salle des fêtes, ce mardi 11 novembre. Les organisateurs espèrent la présence des élus des villages alentour, leurs commémorations ayant lieu le matin. Les parlementaires du secteur ont été invités, de même que la préfète, retenue à Grenoble, qui sera finalement absente. Pour cette étape, les écoliers ont aussi été impliqués : ce sont eux qui ont écrit les invitations et le Souvenir français les a envoyées.

Qui était Edmond Gallet ?
Rénovée à la fin des années 2010, l’école d’Entraigues a, à cette occasion, pris le nom d’Edmond Gallet. C’est Éric Bois, président du comité de Valbonnais/La Mure du Souvenir français, qui a suggéré cet hommage.
Il raconte son parcours : « Edmond Gallet est né à Entraigues le 22 mai 1923 de parents fromagers. Il s’engage dans la Résistance sous le pseudo d’Ali et devient l’agent de liaison de la compagnie Stéphane. » Composée de jeunes patriotes fuyant le Service du travail obligatoire, qui voit l’occupant nazi réquisitionner des milliers de travailleurs français pour les faire participer à l’effort de guerre allemand, la compagnie s’établit en maquis dans Belledonne à partir de 1943. Elle multiplie les opérations commandos dans différents massifs et devient spécialiste de la guérilla en montagne, participant à la Libération de plusieurs villes.
Mort en déportation
Une gloire que ne connaîtra pas Ali : « Il a fait partie des derniers arrêtés de la “Saint-Barthélemy grenobloise” , une série d’assassinats et d’arrestations menée par l’occupant nazi dans la foulée d’une manifestation de Résistants le 11 novembre 1943. Edmond Gallet, 20 ans à l’époque, a été arrêté le 27 novembre 1943 chez les époux Bonin, photographes à Grenoble, qui étaient la boîte aux lettres de la compagnie Stéphane. Il est mort en déportation au camp d’Ellrich en Allemagne, le 11 mars 1945. » Non sans panache, comme l’explique Éric Bois : « À ses tortionnaires, il donne le nom du camp de Villard-Notre-Dame, qu’il sait inoccupé. Les Allemands le bombardent et l’incendient, alors qu’il est vide. »
Le 11-Novembre étant depuis 2012 le jour d’hommage à tous les morts pour la France, des conflits anciens ou actuels, c’est aussi la mémoire de ce Résistant local que les écoliers d’Entraigues honoreront ce mardi.





Commentaires